Quel sexagénaire n'a eu dans les mains un appareil Kodak ? L'un de ces engins à soufflet qui ont mis la photo à la portée des amateurs, ou un excellent Retina des années 1950, le populaire Brownie Flash ou plus récemment un Instamatic... Sous le fameux slogan publicitaire "Clic-Clac, merci Kodak", la marque était pratiquement devenue un nom commun, comme Frigidaire, Klaxon ou Pédalo. Ses pellicules écrasaient le marché, de la (trop) célèbre Tri-X aux Kodachrome et Ektachrome. Cette saga industrielle, commencée en 1881 sous la direction de George Eastman, risque de se terminer bientôt. Après s'être séparé de nombre de ses activités comme on jette du lest, Kodak vient de se déclarer en faillite et de se placer sous la protection du droit commercial américain. Cette procédure permet à l'entreprise de geler ses dettes et de se donner le temps d'une restructuration, bien aléatoire.

Kodak à soufflet copie

Alors que Kodak pouvait essayer de prendre le virage de la révolution numérique, comme nombre de ses concurrents, les mauvaises options se sont succédé. Battue depuis longtemps dans le registre des appareils photos, au standing de plus en plus relatif, l'entreprise a continué à miser sur le film. C'est d'autant plus étonnant que Kodak possède de multiples brevets dans la technologie numérique, après avoir probablement produit le premier prototype d'APN dès 1975.

Son PDG actuel, Antonio Perez, en fonction depuis 2005, a tenté de profiter de l'expérience acquise chez Hewlett Packard pour lancer une activité d'imprimantes. Mais le créneau est presque entièrement occupé par HP, Canon et Epson, et cette stratégie a tourné court. Le bilan est maintenant de 5,1 milliards de dollars d’actifs pour 6,75 milliards de dettes. La valeur boursière est tombée à 150 millions de dollars, alors que l'action animait le Dow Jones depuis la guerre. Plus aucun profit n'a été réalisé depuis 2005. Après de multiples séries de licenciements, la fermeture de treize usines et de cent trente laboratoires depuis 2003, Kodak n'emploie plus que 19 000 salariés, contre plus de 60 000 voilà dix ans. Leur emploi et sérieusement menacé, de même que le paiement des pensions des dizaines de milliers de retraités.

Sous la protection de la loi américaine, la direction du vieil empire entend "renforcer ses liquidités aux Etats-Unis et à l'étranger, et permettre au groupe de se recentrer sur ses actifs les plus rentables". Mais lesquels ? Pour renforcer ses liquidités, Kodak compte sur ses derniers bijoux de famille, ses brevets, qui peuvent encore rapporter 3 milliards de dollars. C'est une redoutable partie de quitte ou double qui est engagée : l'entreprise se donne un an pour rétablir l'équilibre et faire de nouveaux choix stratégiques. Réusssira-t-elle, dans ce délai, ce qu'elle n'a pas su faire depuis vingt ans, en pleine crise économique et alors que la concurrence ne l'a pas attendue ?

Inutile de dire qu'on le lui souhaite...

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Voir, sur le blog du revendeur d'argentique MX2, un communiqué de Tetenal, distributeur de Kodak en France, certifiant que la firme tiendra ses engagements "sans restriction actuellement et à long terme".

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